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  • Thomas Galliache

Riche désillusion italienne

124 équipages du monde entier se sont affrontés cinq jours durant, sous le soleil italien, pour le Championnat d'Europe J70 2019. De nombreux professionnels ont répondus présents et le Lac de Garde a accueilli la compétition avec une météo exceptionnelle. Récit d'une régate autant difficile qu'enrichissante.


Les vents étaient toujours avantageux à la côte, nous forçant à s'en approcher chaque fois un peu plus, au risque de toucher terre

Après plusieurs heures de routes en camion avec le bateau pour certains, un court trajet en avion pour d'autres, toute l'équipe se retrouve à Milan avant de rejoindre le Yacht Club de Malcesine, sur la rive Est du Lac de Garde, qui organise l'édition 2019 des Championnat d'Europe. Nous avons deux jours avant le début des hostilités : le premier est dédié à la jauge du bateau et à l'entraînement, une manche d'entraînement est au programme du second.


Lors de la jauge du bateau, nous découvrons que les appendices de notre bolide (quille et safran) ne correspondent pas au gabarit, la faute à des travaux menés avant que nous utilisions ce bateau. Il nous est donc interdit de courir sans rentrer dans le cadre de la jauge, mais le chantier à mener est conséquent. Il est alors peu probable que les travaux soient effectués dans le temps imparti : le bateau doit être jaugé et mis à l'eau au plus tard à 21 heures la veille de la première course (après dérogation accordée par le jaugeur de l'épreuve). Soit 29 heures après avoir appris la mauvaise nouvelle.


S'engage alors une véritable course contre la montre. Pour réaliser les travaux de la meilleure manière en respectant matériaux, méthodes, conditions de températures et d'humidité, il faut compter près de trois jours de chantier et un hangar. Autant de choses que nous n'avons pas. C'est donc avec les moyens du bord que toute l'équipe entreprend un grand chantier sur le parking du Yacht Club, de jour comme de nuit, pendant que les autres équipages prennent leurs marques sur l'eau.


30 minutes avant la limite, le bateau est jaugé, en règle, et mis à l'eau. Nos appendices ne sont pas en bon état pour courir mais elles correspondent au gabarit prévu, nous sommes autorisés à courir et c'est déjà une grande victoire.


Nous voilà donc à l'eau, très motivés malgré une préparation réduite à néant par les travaux et la fatigue accumulée. Le premier jour se déroule plutôt bien, nous découvrons le plan d'eau compliqué et le niveau de nos adversaires particulièrement relevé. La moindre erreur coûte chère et les effets de vents dus au relief impose d'aller rapidement à la côte pour profiter de ces effets avant les autres. Dans ces conditions, la vitesse et les départs deviennent primordiaux pour espérer jouer aux avants postes.


Peu aidés par nos appendices, la vitesse nous fait défaut dès le début. Malgré tout, les résultats de ce premier jours sont honorables et nous sommes en milieu de tableau, à l'affût pour le passage en rond or à l'issue des deux premiers jours de qualifications. Mais nos problèmes de vitesses vont créer le doute au sein de l'équipage. Pour pallier à ce problème dont nous ne trouvons pas la totalité de la réponse, nous prenons des risques sur les départs et en stratégie. Risques qui ne sont pas payants et qui ne sont pas appuyés par un bateau rapide. L'ensemble nous coûte de précieux points et le rond or nous échappe.


S'en suit alors une longue descente en enfer. L'objectif premier est de retrouver la vitesse pour faire revenir la confiance, mais rien n'y fait. Si nos appendices, suite aux travaux de pré-régate, sont un vrai frein, il est difficile de se reposer uniquement sur ce fait. Peu à peu, la confiance s'évapore, les risques sont poussés au maximum sans réussite et nous ne trouvons pas la sortie de ce cycle infernal.


Déçu et terriblement frustré, je tire tout de même un bilan intéressant de ce championnat. Nous avons été confrontés à des équipages de très haut niveau, professionnels pour un bon nombre d'entre eux, et se confronter à ces coureurs est une réelle source d'apprentissage. En terme de stratégie, le Lac de Garde est atypique en raison du relief et des vents présents très particuliers. Cela demande d'adapter les stratégies "classiques" pour proposer autre chose, exercice particulièrement enrichissant.


Malgré l'échec évident en terme de résultat, ce Championnat d'Europe J70 reste une expérience instructive et m'a permis d'apprendre beaucoup.


Une riche désillusion italienne.


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